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mercredi 25 janvier 2017

Bondrée d'Andrée A. Michaud


  Éditions Rivages

La magnifique couverture de ce livre représentant un lac entouré de conifères plongés dans une brume épaisse m’attirait irrésistiblement.
Et je n’ai pas été déçue, oh non, bien au contraire : tout ce que j’aime dans le roman noir se trouvait au rendez-vous : une intrigue bien ficelée, des personnages attachants avec une vraie épaisseur psychologique (ah ! l’inspecteur Stan Michaud, bien persuadé qu’ « aucune pierre ne dévale au bas d’une colline sans qu’un homme l’y ait poussée »), des lieux décrits avec minutie, lieux connus certainement de façon très intime par l’auteur, et qui plongent immédiatement le lecteur dans une atmosphère mystérieuse et envoûtante.
Enfin, une écriture magnifique, une langue à la fois poétique, onirique, sensible et capable de transcrire, à travers son rythme et ses mélanges d’anglais et de français, la folie de cette jeunesse qui, à l’été 67, se trouve en vacances au bord de ce lac situé aux confins du Québec, à la frontière du Maine.
Des chalets, des tentes, des barbecues, des chaises longues et des familles heureuses de quitter la ville pour vivre en pleine nature pendant un mois ou deux. Un mélange joyeux d’anglophones et de francophones partageant allègrement leurs mots et leurs mets.
Voilà Bondrée « territoire où les ombres résistent aux lumières les plus crues, une enclave dont l’abondante végétation conserve le souvenir des forêts intouchées qui couvraient le continent nord-américain il y a de cela trois ou quatre siècles. »
On disait qu’autrefois, dans les années 40, pour fuir la guerre, un trappeur du nom de Pierre Landry s’était installé à Boundary Pond. Il n’avait pas vu d’un bon œil l’arrivée des vacanciers et s’était enfoncé davantage dans la forêt pour être tranquille. De loin, il observait une femme à la peau claire qui aimait se rafraichir dans le lac, il la trouvait belle. On n’avait jamais bien compris pourquoi on l’avait retrouvé pendu dans sa cabane mais depuis on disait qu’il hantait les lieux…
En tout cas, la Zaza, Elisabeth Mulligan et son acolyte Sissy Morgan, dans leur insolence, se moquaient bien de toutes ces histoires, des légendes débiles qui les faisaient hurler de rire : elles étaient jeunes, belles, se maquillaient, fumaient, portaient des shorts courts, sentaient la pêche et le muguet, dansaient le rock’n’roll, embrassaient les garçons.
C’était l’été de Lucy in the sky with Diamonds, le « Summer of love » pour les filles, les inséparables, que l’on voyait se dandiner, se jeter dans le lac en criant, courir comme des dingues en pouffant de rire et en jurant, lolitas ivres de vie et de soleil. Un bel été, prometteur, un été de folie qui s’ouvrait à elles. Go, go, Zaza, run, run,  Sissy !
Evidemment, je n’en dirai pas plus, roman policier oblige. Je conseille d’ailleurs, pour conserver le suspense intact, de ne pas lire le résumé sur la quatrième de couverture. C’est toujours trop bavard, ces choses-là.

Croyez-moi sur parole : vous allez vous ré-ga-ler. J’avoue que j’aurais presque envie de me replonger dans les bois de Bondrée pour entendre les piaillements de l’effraie et voir passer la queue rousse du renard. Mais je me retire et vous laisse la place… Mais attention, restez prudent tout de même… 

5 commentaires:

  1. Alors, laissez-vous tenter! Promis, vous ne serez pas déçus! Tout y est: une écriture magnifique, un suspense haletant et toute une époque que l'on redécouvre... Un grand plaisir!

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  2. Je l'avais repéré (chez Marie-Claude "hop sous la couette") et je l'ai noté !
    Virginie
    http://mesmiscellanees.blogspot.fr

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  3. D'abord une déception pour moi : je m'attendais à une ambiance à la David Vann avec une présence obsédante des lieux : forêt dense, lac profond tout y était. Mais l'auteur s'attache beaucoup plus aux personnages et à la langue - délicieuse entre expressions québecoises et phrases en anglais.Et finalement je me suis laissée prendre aux charmes de la narratrice et des enquêteurs. Un vrai plaisir de lecture !

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